TL;DR : Je dis souvent que Gander est né à cause de Mike Myers et de la souveraineté numérique. Mais le vrai « pourquoi » m’est revenu en pleine face grâce à un courriel d’Erin, une maman canadienne qui souhaite simplement un internet plus bienveillant pour ses enfants.
Elle n’est pas branchée tech. Elle en a juste marre de la haine et du chaos, et elle croit que le Canada est l’endroit idéal pour bâtir quelque chose de meilleur.
J’ai des enfants moi aussi. On a eu de la chance. Mais je me souviens très bien de ces peurs.
Ce n’est pas juste une application. C’est une tentative pour créer un web plus sain. Merci pour le rappel, Erin.
La suite ci-dessous…

Repenser le « pourquoi »
Quand on me demande pourquoi je construis Gander, j’ai tendance à raconter comment tout a commencé : Mike Myers portait le t-shirt « Le Canada n’est pas à vendre », j’ai plongé dans des discussions sur la souveraineté numérique, et j’en avais marre de me battre contre des trolls qui propagent de la désinformation.
Mais ce n’est pas vraiment ça, le « vrai pourquoi ». Et c’est un courriel qu’on a reçu d’une maman canadienne préoccupée, Erin, qui me l’a rappelé. Elle a accepté qu’on partage son message.
Ce qui suit est une traduction de son courriel original, afin que plus de gens puissent le lire.
Un message d’Erin
Chers amis de Gander,
Je m’appelle Erin.
Désolée d’avance, ce message est un peu long – lisez-le quand vous aurez le temps.
Je vous ai déjà dit que j’étais très enthousiaste à propos de votre projet – je voudrais maintenant vous dire pourquoi.
Ça n’a rien à voir avec la technologie – je ne suis pas très bonne avec ça, je n’ai jamais fait de test bêta – je ne sais même pas trop ce que ça veut dire 😂. Je suis toute nouvelle sur les réseaux sociaux. J’ai fini par créer un profil Facebook à reculons à l’automne 2024 parce que le groupe de nerds avec qui je joue utilise ça pour s’organiser. Mes raisons sont plus émotives :
Mes enfants sont encore jeunes. On les appelle la « Génération Alpha », et j’ai envie de croire que ça veut dire quelque chose – une chance de recommencer, d’être meilleurs les uns envers les autres et envers la planète. Comme mère, c’est ma responsabilité de leur apprendre comment faire ça. Les réseaux sociaux ne vont pas disparaître, alors avoir une plateforme moins hostile et plus constructive, c’est quelque chose dont le monde entier a désespérément besoin. Le Canada a encore une bonne réputation à l’international, et je pense que c’est l’endroit parfait pour lancer une alternative plus humaine aux réseaux sociaux.
Les dernières semaines et les derniers mois ont clairement montré que le monde a besoin de plus de Canada. Mais plus encore, en ce moment, le Canada a besoin de plus de Canada.
Depuis la naissance de mon premier fils, le poids du monde me pèse – il n’y a pas grand-chose que je peux faire de chez moi pendant que je m’occupe d’eux et que je leur enseigne comment rendre le monde plus sûr. La possibilité d’aider à créer un petit coin d’internet moins hostile, ça veut vraiment dire quelque chose pour moi.
J’ai toujours été fière d’être Canadienne. Je pense qu’une partie de notre identité canadienne, c’est de reconnaître à la fois les fautes et les victoires de nos ancêtres, pour qu’on puisse avancer au lieu de reculer. On n’a pas besoin d’être d’accord avec le passé pour en tirer des leçons, mais on ne peut pas apprendre de ce qu’on oublie.
La politesse est notre stéréotype, mais le respect, la gentillesse et la compassion vont beaucoup plus loin. On se perd peu à peu dans un monde de haine, d’égoïsme et de choses jetables. Créer quelque chose de durable, qui rapproche les gens, c’est crucial.
Je sais très bien que tous les Canadiens ne ressentent pas la même chose. Il y a des gens méchants ici aussi, comme partout ailleurs. J’en ai croisé. Et je veux que mes enfants grandissent dans le Canada auquel j’ai toujours voulu croire, malgré ces gens-là.
Dans une communauté où la haine n’a pas sa place, la bonté va naturellement fleurir. Je crois vraiment en votre vision et je voudrais faire tout ce que je peux pour qu’elle devienne réalité.
Je ne sais pas comment ni quand vous choisirez vos testeurs bêta, ni combien de centaines de personnes vous aurez à considérer (je ne cherche pas à presser les choses, je sais que ce genre de projet prend du temps à bien faire). Peut-être que quelqu’un comme moi, qui peine encore à utiliser un téléphone intelligent, pourrait être utile à votre panel de testeurs – quelqu’un qui peut dire si c’est trop compliqué, et qui n’est pas déjà trop habituée aux autres plateformes. Si vous pensez que oui, choisissez-moi 🙂
Merci d’avoir lu jusqu’au bout – j’ai hâte de voir ce que vous allez faire.
~ Erin
💪🇨🇦
P.S. Quand vous en serez là, est-ce que vous pourriez créer un emoji de bras musclé inversé pour l’autre côté du drapeau ? (Et évidemment un canard du Canada !)
Merci, Erin
J’ai des enfants moi aussi. Des garçons plus vieux maintenant… des hommes, en fait. Et on considère qu’on a eu de la chance : ils n’ont pas vraiment subi de cyberintimidation grave à l’adolescence, malgré les défis liés à leur identité et une pandémie passée à socialiser à travers un écran.
On leur a aussi appris à naviguer les réseaux sociaux, jusqu’au point (on l’espère) où ils ne croient pas tout ce qu’ils lisent ou voient en ligne.
Mais je me souviens parfaitement de ces peurs. Et je pense qu’il est temps de reprendre le web social – de façon saine, éthique – pour protéger les prochaines générations d’enfants, de parents, et de Canadiens contre la désinformation et la haine.
C’est ça, le vrai pourquoi.
Merci pour le rappel, Erin.